La phytothérapie : histoire et usage

Le mot phytothérapie vient du grec Phyto (plante) et Therapeia (soigner). Il s’agit donc d’utiliser des plantes – ou des médicaments à base de plantes – pour soigner le corps humain. Si cette médecine existe depuis la nuit des temps, elle a traversé les siècles non sans quelques difficultés. De l’herboristerie à la phytothérapie, retour sur le parcours tumultueux de cette médecine naturelle désormais reconnue scientifiquement.

Racines, fruits, feuilles, écorces… Depuis des millénaires, les plantes font partie de l’envi- ronnement de l’homme. Avec des propriétés nutritives et curatives reconnues et utilisées depuis toujours, c’est tout naturellement qu’elles ont peu à peu constitué la principale source de traitement pour l’être humain en calmant souffrances et maux. L’homme a ainsi appris à observer et à discerner leurs différentes propriétés, leurs bienfaits comme leur toxicité.
Toutes les civilisations antiques, de la Mésopotamie à l’Egypte en passant par la Grèce et la Chine, avaient leurs propres remèdes végétaux. Pour preuve, le premier texte connu sur la médecine par les plantes date de 4000 ans avant Jésus-Christ ! Des tablettes d’argile de cette époque recensent en effet plusieurs centaines d’espèces de plantes médicinales. Quant au Grec Hippocrate, père de la médecine, il a lui aussi écrit un traité sur les plantes médicinales et en utilisait certaines. Par la suite, les expéditions de Christophe Colomb et Vasco de Gama au 15ème siècle apportent de nouvelles connaissances.
Année après année, siècle après siècle, les observations précieuses liées aux plantes et à leurs bienfaits font évoluer la médecine.

En France, les herboristes cherchent leur place
La période du Moyen-Âge a connu de grandes épidémies comme la peste et le choléra, pour ne citer qu’elles. Il faut trouver un moyen de lutter contre ces maladies qui font des ravages et développer un peu plus le savoir. A cette époque, c’est le clergé qui devient le gardien de nombreux secrets et traditions liés aux plantes médicinales. Les premières écoles de recherches voient le jour, comme la célèbre Ecole de médecine de Montpellier qui jouit alors d’un grand prestige en Europe.
A cette époque, on tente de trouver de nouveaux remèdes grâce aux plantes en y ajoutant parfois un zeste de sorcellerie : porter un collier de graines d’anis préserverait, paraît-il, des sortilèges ! En ces temps-là, on distingue les apothicaires (préparateurs) des herboristes. Ce sont ces derniers qui sont chargés de cueillir et vendre herbes, aromates et épices. Les mentalités évoluent ainsi progressivement et les savoirs s’affinent pour soigner plus efficacement par les plantes.
Alors que le Collège de Pharmacie est créé en 1777 pour tenter de mieux cadrer les compétences de chacun, la profession d’herboriste n’est toujours pas constituée en corps et se fragilise peu à peu.

Si les plantes représentent l’essentiel de la pharmacopée jusqu’à la fin du 19ème siècle, le développement de la chimie moderne et des médicaments de synthèse – jugés plus efficaces – va causer du tort aux herboristes. L’apparition de nouvelles maladies, comme la tuberculose, ne joue pas non plus en leur faveur.
A cette époque, les professions médicales se réorganisent petit à petit au détriment des herboristes. Le monopole pharmaceutique pour les plantes est réaffirmé au début du 19ème siècle avec pour conséquence inévitable l’éviction des colporteurs et des herboristes ambulants. Ce n’est qu’en 1854 que la fonction se munit d’un encadrement et d’un enseignement scientifique avec de véritables cours de botanique, d’anatomie, de chimie, etc.
Plus tard, une loi de 1916 exige d’ailleurs un diplôme national d’instruction supérieur obtenu dans une Ecole de Pharmacie afin de pouvoir exercer comme herboriste. Désormais, nul n’aura l’autorisation de pratiquer sans ce titre reconnu par l’Etat. Toute personne diplômée pourra commercialiser les plantes médicinales.
Les herboristes peuvent ainsi faire reconnaître leur savoir scientifique sans prétendre être ni médecin, ni pharmacien.

De la Seconde Guerre à nos jours, quand l’Etat s’en mêle
La Seconde Guerre mondiale ne va pas épargner les herboristes : en septembre 1941, le ministre de la santé du régime de Vichy supprime purement et simplement le métier par décret. A l’époque, environ 4500 herboristes officient en France, mais leur savoir-faire est mis à mal. Pour des raisons politiques, la distribution des plantes est désormais réservée aux seuls pharmaciens. Après la libération, la loi n’est pas abrogée, entraînant la disparition progressive de la profession… C’était sans compter sur les effets secondaires néfastes de nombreux médicaments de synthèse : la mise à l’écart des herboristes ne dure pas et l’intérêt pour les plantes revient peu à peu à la fin des années 1960. Il faut agir !
Pour sauver l’enseignement de l’herboristerie, des écoles voient le jour et plusieurs projets de lois sont déposés à la fin des années 1970 afin de faire rétablir le diplôme de la profession. Ce n’est qu’en 1986 que les choses vont bouger : le ministère de la santé reconnaît enfin la phytothérapie comme une médecine à part entière…
Sauf qu’il en donne le monopole à la pharmacie !
Le statut de médicament est ainsi attribué à certaines plantes et des autorisations de mise sur le marché deviennent nécessaires, avec des coûts et des résultats très discutables.
Devant ce monopole de l’industrie pharmaceutique, la phytothérapie se trouve toujours défavorisée et l’usage des plantes fortement limité par la loi.

Par Palmyre MÉGARD-LEFEBVRE